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Terre & Nature, 28 juin 2007

Moutonnier, un métier

De l'ailleurs à l'alpage: après avoir bourlingué de par le monde et sorti un livre très remarqué en Suisse romande, Blaise Hofmann a renoué avec le pays en s'improvisant berger le temps d'un été. Non sans humour, il nous livre ici le récit de son estive.

Le temps d'un été, Blaise Hofmann s'est mis dans la peau du moutonnier. Quatre mois durant sur un alpage vaudois à veiller sur mille têtes qui n'en font qu'à leur tête, sur un troupeau de bêtes farouches toujours promptes à aller ailleurs que là où l'on voudrait. "Parmi les animaux domestiques, le mouton est, contrairement à la fable, l'un des moins dociles", observe-t-il d'emblée. Après avoir bourlingué durant près de deux ans à travers le monde, voyage qui a donné lieu un très beau livre (Billet aller simple, réédité tout dernièrement aux Editions de l'Aire) dans la veine de ceux de Nicolas Bouvier, le jeune lettreux vaudois voulait retrouver ses racines, se sédentariser, mais pas trop, tout en flirtant avec les cimes. Pour cela, il choisit l'alpage, l'estivage. C'est l'occasion pour lui de faire l'épreuve de la solitude du berger livré aux caprices de la météo: pluies interminables, soleil de plomb, brouillards tenaces, neige en plein mois d'août… L'occasion aussi d'apprendre un métier qui, croit-il, est "propice à la rêverie" tout autant qu'à l'écriture.
Estive est justement la chronique de son estivage en 2005 entre la vallée de l'Hongrin et les sommets qui dominent Leysin (VD). Blaise Hofmann ne fait pas dans le folklore fleur bleue, dans l'angélisme rousseauiste prônant le retour à la nature. Son récit, souvent cocasse, poétique aussi et sous-tendu par une écriture aussi vivante qu'imagée, a quelque chose d'âpre et de terreux. A l'image du monde dont il se fait le reflet. "C'est le lieu des plus intimes contradictions où tous les décors se déguisent instantanément, où l'été alterne soudain avec l'hiver, le paradis avec l'enfer, le confort avec l'effort, l'harmonie avec le chaos, la force avec la fragilité", souligne-t-il en parlant de la montagne, qu'il apprend à connaître, qu'il apprivoise. Ceux qui peuplent cet univers séduisent autant par leur parler sans détour que par leur rusticité, leur authenticité. Quand il ne s'emploie pas à rabattre ses moutons, à les tondre ou à assister une brebis n'arrivant pas à mettre bas, Blaise Hofmann observe, s'interroge, philosophe. "Faut-il connaître le nom des étoiles et des montagnes pour les aimer", demande-t-il tout en sirotant une goldamine. Rien de mieux pour se mettre en train dès le matin! Dans sa case crasseuse et sans confort, il tue le temps en lisant: Baudelaire, Dostoïevski, Jaccottet, Kundera ou le Nouveau Testament, déniché là. Il noircit son carnet d'une écriture tantôt lyrique, épique ou mélancolique, joyeuse ou désabusée. Il cherche à faire sa place dans un monde qui n'est pas le sien et où l'étranger est toujours suspect, regardé avec défiance. Il y parvient, renonçant à ses préoccupations de citadin, mais pas à son goût de la poésie et de l'érudition. On le suit dans son aventure comme si l'on y était. C'est bien ce qui fait la force et la réussite de ce livre qui, loin de l'anecdotique, touche souvent à des choses essentielles.

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