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Journal de Morges, 25 mai 2007 |
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Blaise Hofmann, jeune écrivain et berger d'un été Révélé en 2005 grâce à Billet aller-simple, Blaise Hofmann revient aujourd'hui avec un second récit de voyage au cœur des Alpes vaudoises, Estive. L'occasion pour ce jeune auteur de Villars-sous-Yens, souvent comparé à Nicolas Bouvier, de conter son expérience de berger de moutons. Seul dans les vallées escarpées de l'Hongrin, le bâton dans une main, le stylo dans l'autre. Récit d'un moutonnier improvisé ou quand le plus vieux métier du monde prend des accents de voyage initiatique. Rencontre avec un philosophe terrien. - Blaise Hofmann, vous avez de par vos parents une double filiation de paysan et de viticulteur. Vivre un été de berger était-il pour vous une manière de retrouver vos racines ? Effectivement, mon appartenance au monde rural était centrale dans cette démarche. Cette facette de mon identité avait été coupée abruptement par mes études universitaires. Ces années-là, j'ai vécu une vie de citadin et de lettré. Je m'étais donc éloigné de ce qui nourrit mes racines. Alors pour moi, cet été en montagne, était à la fois une façon de voir s'il était possible de cultiver la curiosité en restant dans la région, mais aussi de vivre un métier ancestral. Dans ce sens, c'était même aller plus loin que la vie de paysan qui aujourd'hui travaille avec des machines. En étant berger, je pense avoir atteint le niveau zéro du travail industriel. - Il faut avouer que cette démarche n'est pas commune! Vous citez d'ailleurs dans votre récit les propos de votre grand-père: "lui payer l'université et voilà qu'il finit moutonnier". (Rires). C'est vrai mais je dirais que le reste de mon entourage était très enthousiasmé par ma démarche. Etonnamment, être berger est très valorisé socialement, et cela bien que ce travail soit payé au lance-pierres. Je crois que les gens associent ce métier à l'évasion, à cette fuite que beaucoup rêvent de faire mais que peu de personnes n'osent accomplir. - A la lecture d'Estive, on découvre un récit truffé de réflexions personnelles. L'expérience du métier de berger faisait-elle partie pour vous d'une quête identitaire ? Ce n'était pas une quête au sens d'un repli ou d'une retraite solitaire. J'avais cette volonté toute simple de casser le cadre dans lequel on vit. Je me suis donc retrouvé dans une vallée étroite, rugueuse, sans habitant. Un lieu où se croisent autant des chasseurs, des touristes ou des soldats. Je voulais entrer en friction, expérimenter des univers très différents, pouvoir passer d'un hôtel cinq étoiles à Oman à une cabane de bois dans les Alpes. - En même temps, vous ironisez justement cette quête, "cette réminiscence hippie" comme vous l'écrivez ! Oui parce qu'au fond je crois que la vraie aventure, c'est le quotidien. On a tendance à idéaliser ce genre de voyage parce qu'il s'agit d'une sorte d'échappatoire. Alors que pour moi, il était indispensable que je ne fuie pas ma vraie vie en faisant une telle expérience. J'aime vivre à Lausanne et côtoyer beaucoup de gens. Je ne suis pas une sorte d'ermite et je n'envie pas non plus les baroudeurs sans attache. - Estive est aussi un récit qui traite de la suissitude, quel regard portez-vous sur cette identité helvétique ? J'ai vécu en tant que berger l'expérience d'un monde rustique, sans expression, fermé mais fidèle. J'étais vraiment au cœur de cette suissitude, cette authenticité que représentent les bergers. Mais derrière cela, il y a tout ce côté sombre qui se manifeste par le racisme, le machisme, et surtout par l'alcool. C'est pour ces raisons que j'écris dans Estive que cette suissitude n'est au fond qu'illusions. Je crois toutefois qu'il existe un autre versant de cette identité suisse, celle de la tradition. Ce folklore qui tente de faire survivre quelque chose qui est déjà mort. La tradition habite pourtant chacun de nous. Je pense par exemple à mon expérience de la fête de la désalpe. C'était une vraie école, un rite initiatique où je me suis senti alors vraiment berger. Finalement, la tradition on ne peut pas lutter contre. Pascale Burnier |
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