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Agrihebdo, 2 novembre2007 |
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En 2005, Blaise Hofmann a gardé plus de 600 moutons dans les Préalpes vaudoises. Il nous livre un récit de cette expérience. "Mon grand-père, du côté de ma mère, paysan jusqu'au bout des bottes, proteste mi-figue, mi-raisin: Lui payer l'université et le voilà qui finit moutonnier!". Entre la fin du printemps et le début de l'automne 2005, Blaise Hofmann a gardé plus de 600 moutons dans les Préalpes vaudoises. Il relate cette expérience avec poésie, ironie et philosophie dans "Estive". Une sorte de carnet de route composé de photographies écrites. Le lecteur fait la connaissance des facettes contrastées du métier de berger et de ses protagonistes, du paysage extérieur et intérieur de cette vie solitaire, prétextes à de multiples réflexions sur la paysannerie, la nature, les alpages, les bêtes, les fêtes... "Peut-être cette sempiternelle quête originelle, muse prometteuse, le plus vieux métier du monde, réminiscence hippie...". Blaise Hofmann peine a identifier ce qui le conduit à guider une nuée de moutons indociles avec trois ou quatre chiens du côté de l'Hongrin. Il s'en amuse dans une fresque où défile au pas de course Heidi, Pan, Luigi et autres bribes de mythes, légendes et contes alpestres. Ce qui est sûr: l'expérience qui l'attend va se révéler bien plus ardue ("expérience égoïste, précaire, extrême et marginale") que prévu. Le jeune apprenti berger se jette corps et âme dans sa nouvelle profession. Les premières semaines ne vont pas lui laisser beaucoup d'heures de sommeil. Au programme: former le troupeau, le déplacer en zones de pâture, rapercher les brebis égarées, dresser les chiens, réparer les clôtures, surveiller la santé des animaux et soigner les bêtes malades, bûcheronner, etc. Dans cette vie improvisée à chaque instant, il ne reste de fixe que le rituel du lever: "Pas besoin de pousser le volet. Il fait encore nuit. Il est cinq heures. Bonjour les chiens. Un peu d'eau sur le visage. Une tranche de pain. Le café bout. J'y ajoute une giclée de pomme". L'espace est cadré par les Tours d'Aî. "En les contemplant depuis la case, les deux Tours sont parfaitement inaccessibles, hermétiquement belles. Leur ascension concerne Leysin, le versant peuplé, la face dynamisée des loisirs". Et le berger d'un été de donner sa vision de la bourgade d'altitude: "Pour désintoxiquer les bronches, aérer les synapses et détendre les épaules, Leysin s'offre comme un nouveau réduit national, un placebo. On y pratique la contemplation post romantique ou le sport fun. On réagit au darwinisme urbain, on remonte aux sources...". "Le mouton (premier animal domestiqué par l'homme il y a huit ou neuf mille ans, si l'on prend en compte le mouflon d'Asie mineure) approvisionne l'éleveur en viande, en lait, en fumier et en laine. Huit kilogrammes de laine par bête et par an. On attend depuis une semaine qu'il fasse beau pour tondre, avant de rejoindre la case du Lioson. " "Les inspecteurs de l'Office fédéral de l'environnement sont craints davantage que la grêle. Ces gratte-papier de Berne soutiennent que les ovins ruinent la diversité de la flore... Puisque la paysannerie de montagne occupe des centaines de bureaucrates philanthropes, puisque des métiers d'artisan disparaissent tous les ans, pourquoi maintenir celui-là à tout prix? Sans le goût des bonnes choses, sans l'amour des paysages entretenus, sans l'attachement à la tradition, on n'a pas besoin des paysans en Suisse... " Appuyé d'une écriture percutante, les textes de Blaise Hofmann nous invitent à découvrir les conditions du travail en alpage crûment, voire cruellement. A l'heure où le métier est de plus en plus abandonné, la prose sans fard du moutonnier n'est pas vraiment propre à créer des vocations, "parce que ce métier exclusif, que l'on dit de vocation, se termine à cinquante berges, le visage boucané, le front sillonné de rides, un peu poivrot, assez démuni et tout à fait divorcé". AGIR |
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