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24 Heures (Riviera-Chablais), 28 juin 2007 |
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Estive, récit d'une immersion dans la vie d'un berger des Alpes Le Lausannois Blaise Hofmann raconte dans un livre son expérience de moutonnier dans la vallée de l'Hongrin en été 2005. Un témoignage sur le monde menacé des agriculteurs de montagne. La marée blanche se met en mouvement, s'étend et dessine une arabesque aux contours incertains. Une ondulation des pentes verdoyantes de la vallée de l'Hongrin - à une petite heure de voiture et de marche de La Lécherette - que Blaise Hofmann connaît bien. Et à l'évidence, à voir le regard de ce grand gaillard aux yeux bleus comme le lac du barrage, le plaisir est toujours au rendez-vous. Durant l'été 2005, il avait en effet pris l'habitude de ces longs moments de solitude et de silence passés à faire et défaire son troupeau de plusieurs centaines de moutons entre le Grenier, la Case de Lioson - sur l'autre versant, au pied des Tours d'Aï - en passant par le chalet de l'Ortier ou celui des hauteurs de Leysin. Une saison de plaisir, mais également de labeur. Les journées de seize heures, la pluie, l'ouvrage inlassablement remis sur le métier, Tina ou Brina - les chiens - qui font fuir le troupeau si patiemment regroupé, l'apprentissage par téléphone portable d'une intervention sur une brebis bien en peine pour mettre bas, le caractère bien trempé du patron… Plus de quatre mois passés à apprendre, sur le tas, la vie de berger, ses expressions, ses mœurs, sa convivialité et son intransigeance. Quatre mois pour s'intégrer tant bien que mal dans ce monde pastoral qu'il connaît peu, malgré des parents agriculteurs sur la Côte. De cette expérience, il a tiré Estive* (son deuxième livre après Billet aller simple, à l'Aire bleue, en 2006). Grâce à une riche documentation constituée en une année et demie, mais surtout aux deux carnets de notes noircis durant son séjour alpestre. "Quand j'avais le temps. C'est-à-dire quand il pleuvait…", avoue l'auteur lausannois de 29 ans. Un regard brut, un ton incisif et même parfois ironique, sur un mode de vie fascinant mais dur, loin des clichés et des images d'Epinal. "J'ai voulu écrire au plus proche de mon vécu, de l'expérience directe", précise-t-il, lui-même emprunté pour trouver une classification exacte pour son livre. "Un récit de voyage, d'apprentissage. Un vécu déformé puis recréé, une fiction entre différents univers: les bergers, les chasseurs, les touristes, l'armée, les écolos… Un vrai témoignage, en somme. Pas un guide pour berger en tout cas, ni un pamphlet pour sauver les paysans de montagne. Juste une écriture d'immersion. " Le style littéraire de l'auteur dissuadera les amateurs des récits bucoliques et idéalisés qui ont façonné le mythe du "Heidiland". Une succession de fragments de texte, des paragraphes de longueur très changeante pour le rythme, une œuvre "à la limite du poème et de la prose, à la frontière de ces deux univers". "J'ai dû me battre avec l'éditrice pour imposer ce mode de faire. Au début, elle y voyait un caprice d'auteur", raconte le Lausannois. Les descriptions succèdent aux états d'âme et réflexions du narrateur, sans qu'un fil littéraire évident apparaisse. "Lorsqu'on me dit que c'est un récit suivi, cela me fait plaisir. Mais je joue beaucoup sur les ellipses. L'histoire n'est pas chronologique. Au lecteur de recréer son propre récit. " Karim Di Matteo |
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