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24 Heures, 29 mai 2007
Là-haut sur la montagne l'était un écrivain

"J'apprécie le luxe d'exercer un métier plusieurs fois millénaire à moins d'une heure de route d'un théâtre contemporain". Blaise Hofmann s'est occupé d'un troupeau de moutons pendant un été dans les Préalpes vaudoises. Romançant cette expérience dans Estive, il y questionne sa "suissitude", sa relation à la montagne, à la solitude et à l'écriture. S'il guigne volontiers du côté de l'ethnologie, de la politique et de la poésie, le pas encore trentenaire (né en 1978) ne s'embarrasse pas de pesantes métaphores ou explications. "A partir d'ici, la théorie se range au fond de la poche". Son ton accueillant tranche avec le laconisme des moutonniers alentour. "On idéalise le taciturne. Il n'y a pas de mystère. Les maladies sont soignées à la seringue et au sécateur. La vie de berger, c'est de la boucherie". Entre désillusion et allégresse, action et contemplation, l'apprenti berger découvre le quotidien d'hommes qui caressent la bouteille dès le matin et limitent souvent leurs paroles à des pointes cyniques. Trempés par la pluie, usés par la fatigue et le dénuement, éclipsés par le soleil, "les mots n'existent plus de la même façon", semblent incapables de décrire les paysages et états d'âme. Il ne suffit plus de dire "le ciel est bleu".

Comme dans son premier récit de voyage, Billet simple, Blaise Hofmann dit le monde à travers détails et listes. Il numérote les bleus du ciel, inventorie les objets de chaque cabane, cartographie ses journées. Il montre ses brebis avant la tonte "pires que des adolescents qui tiennent à leur tignasse", compare la conduite d'un troupeau à la gestion d'une entreprise, ironise sur la "disneylandisation" des Alpes, part sur le front de l'actualité (élargissement de l'UE), pense à Sisyphe et au bon berger de la Bible avant de revenir à ses moutons, et de se demander ce qu'il fait là. "J'ignore toujours ce que j'aime dans ce métier qui n'en est pas un". L'automne venu, l'écrivain quitte l'alpage. Cet été 2005, le mot "tradition" a mûri dans sa bouche.

Elisabeth Vust




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